François Bayrou était l’invité du Forum de Radio J. De retour de l’Île de la réunion et de Mayotte, il a évoqué l’Europe, les différentes polémiques nées ces derniers jours. Ses relations difficiles avec le ministre de l’Intérieur. Les sondages. Ses propositions d’entente nationale sur les grands sujets de société que sont l’éducation, l’emploi, la recherche. La situation internationale avec le Darfour et le conflit israélo-palestinien. Une heure d’émission avec Frédéric Haziza de Radio J et Eric Mandonnet de l’Express, pour réentendre une voix forte, celle d’un Européen convaincu, François Bayrou.
François Bayrou voit dans la surenchère nationale non pas un problème. Après tout, le drapeau et la Marseillaise ne sont pas choquants en soi. Mais bien plutôt une manière de masquer l’absence de réponse des candidats de l’UMP et du PS aux questions que se posent les Français. Que disent-ils sur le chômage, l’exclusion, l’environnement, le développement durable, l’éducation ? François Bayrou s’essaye de répondre à ces problèmes de vie courante, de vie de tous les jours. Il s’étonne par ailleurs, connaissant un peu l’Histoire du parti socialiste, que sa candidate entraîne son mouvement sur ce terrain. Quant à Nicolas Sarkozy, François Bayrou estime qu’il franchit parfois quelques frontières.
Notamment dans l’épisode de l’école de la rue Rampal. Il pense que cette manière de traiter une dame, responsable d’élèves, directrice d’une école, n’est pas bonne. On manque d’humanité dans ce dossier. Cette réaction épidermique de cette directrice d’école maternelle était après tout normale devant l’émotion qu’a pu susciter l’arrestation musclée de ce monsieur chinois sans papiers. Mais François Bayrou admet ne pas connaître les tenants et aboutissants de ce nouvel avatar de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. Il trouve quand même heureux que des enseignants réagissent devant ces genre d’agissements. Avoir mis en garde à vue cette femme ne ressemble pas à la France qu’il connaît et qu’il souhaite dans l’avenir.
Il observe que Nicolas Sarkozy favorise l’émergence anormalement élevée de problèmes de cet ordre. Et n’y voit rien de bon. La France n’a pas seulement une identité, c’est aussi une communauté de valeurs que François Bayrou veut promouvoir. Le ministre de l’Intérieur, de toute évidence, drague l’électorat nombreux du Front national. Aucun président de la République française, depuis cinquante ans que la Vème République existe, ne s’est ainsi laisser aller de la sorte. La France doit évidemment être gouvernée avec bien plus de mesure que cela. C’est dans l’intérêt du pays. A la France d’aujourd’hui, refermée sur elle-même, il lui faut de la compréhension, un peu de fermeté et ne surtout pas rejeter.
François Bayrou n’est pas favorable à une régularisation de masse. On risquerait un appel d’air trop important si l’on procédait d’une autre manière. Il essaiera de régler chaque cas en fonction de l’histoire de chacune des familles. Il sait que des dizaines de milliers de personnes vivent dans des conditions dramatiques. Et qu’il faut remédier le plus humainement possible à ces situations de détresse. Le travail au noir est en pleine expansion en France. Le candidat à l’élection présidentielle demande qui s’occupe donc du travail au noir. Qui pose la question ? Qui lutte contre ce fléau qui plonge des individus dans une spirale de clandestinité dont il convient de les sortir.
Mercredi soir, François Bayrou estime n’avoir que répondu à Nicolas Sarkozy qui raillait un conducteur de tracteur pour mener la cinquième puissance mondiale. Il y a vu du mépris et a donc voulu remettre les choses en place. Effectivement, il revendique la fréquentation des gens de peu, les gens qui travaillent plutôt que ceux qui sont affiliés aux grands groupes qui composent l’indice boursier du Cac 40. François Bayrou et Nicolas Sarkozy n’ont pas la même vision de la France, le premier se situant plutôt du côté des personnes de labeur, le dernier à l’abri de puissances d’argent et de médias.
A propos des sondages qui stagneraient, François Bayrou demande pour quelles raisons on ne se pose pas la question de savoir pourquoi le président de l’UMP baisse. En vérité, se dit-il, les trois principaux candidats se situent entre 22 et 26 % des voix. Il y alors deux choix possibles : soit l’on continue dans la même logique que dans les 25 dernières années, soit l’on s’engage dans la voie du changement, du dépassement des clivages partisans et l’on déclare la mobilisation générale pour relever le pays de la crise qu’il traverse. François Bayrou voit dans le simple fait de prendre part pleinement à cette course en tutoyant ses deux adversaires principaux, Jean-Marie le Pen étant classé quatrième, plus bas dans les sondages bien qu’il s’en méfie et prévoit des surprises, un message très fort. Cela signifie que tout est possible, même une autre approche de la politique.
Cette approche, il aura quatre semaines pour la présenter plus profondément aux Français. Il l’a déjà en partie fait en publiant Projet d’Espoir aux éditions Plon, un livre en tête de tous les palmarès de vente. L’intégralité détaillée de son programme sera prochainement mise en ligne sur son site internet Bayrou.fr et édité à dix millions d’exemplaires. Pour donner à chacun une idée de la cohérence de ses propositions pour le pays. Un programme qui ne coûte effectivement pas, puisque les dépenses sont entièrement financées. Il se refuse aux promesses inconsidérées qui mènent aux plus grandes frustrations.
Il souhaite concentrer quelques promesses sur des mesures concrètes, réalisables sans tarder. Les deux emplois francs de charge sociale, excepté dix pour cent pour le financement des retraites. Et ce pour toutes les entreprises. Il veut augmenter le minimum vieillesse qui est aujourd’hui à 640 euros, une honte, pour François Bayrou. En cinq ans, il atteindra 90 % du SMIC. En ce qui concerne l’éducation, elle sera assurée des moyens dont elle a besoin pour assumer sa mission. Elle devra rendre des compte par un contrat d’objectif, notamment celui de faire entrer en sixième les élèves sachant lire, écrire et compter. Des comptes, justement, il en est question aussi. Il veut réduire le train de l’Etat. Fusionner les départements et la régions pour faire des économies d’échelle. Savoir bien gérer un pays, c’est rendre de la justice sociale. Savoir bien gérer un pays, c’est lui rendre de l’humanité.
A propos du groupe anonyme de haut responsables de gouvernements socialistes qui se sont rassemblés dans le groupe des Gracques, François Bayrou les connaît. La question est aujourd’hui de savoir si l’on continue dans le même système du camp contre camp ou si l’on sait, tels les Gracques, faire un pas vers l’autre. Le député des Pyrénées Atlantiques estime qu’il n’y a pas de sujets qui ne trouve sa réponse au-dessus des partis. Il faut une majorité nouvelle à la France, composée de personnes du centre, de la droite républicaine et de la gauche sociale-démocrate. C’est la réunion de tous qui fera la force de la France.
Il est certain que la majorité nouvelle l’emportera aux élections législatives. Une coalition, après tout, pourquoi pas, c’est finalement l’esprit de la Vème République. Mais il convient auparavant d’instaurer plus de démocratie. De parler et d’agir de manière différente. Fini les clans, on respecte les gens pour ce qu’ils sont et non pour l’étiquette qu’ils portent. Ainsi, il sera impossible que l’immobilisme s’installe en France. C’est une manière nouvelle de gouverner la France, avec des gens ouverts au pouvoir, qui puissent apporter les solutions qu’il convient.
François Bayrou admet que le débat actuel sur l’identité, qu’Eric Mandonnet remet sur la table, empêche de faire campagne, comme il le disait au début de l’émission. Quid de l’éducation, il propose l’entrée en sixième conditionnée à la lecture et l’écriture. Quid de l’emploi : il propose les deux emplois francs. Il juge nauséabond l’excitation des réflexes identitaires, ainsi qu’il l’avait proclamé lors de sa visite sur l’Île de la Réunion.
Sur le plan de la politique étrangère, si tant est qu’on en soit là avec la nomination de Laurent Dominati comme ambassadeur de la France au Honduras, François Bayrou fustige cette manière systématique de caser, recaser, rerecaser les caciques du régime. C’est contraire à ce qu’il souhaite pour la démocratie française qu’on pervertit avec ce genre de méthodes. L’esprit public est dévoyé. On promeut des gens de peu de caractère mais au protecteur puissant. L’Etat impartial que François Bayrou appelle de ses vœux demande des gens de caractère, des gens debout et du courage. Comme il en faudra face à l’Iran pour lutter contre la prolifération de l’arme atomique. Il faut dire non. Tout en laissant une porte entrouverte à la diplomatie. C’est un problème qui se pose à la planète entière. Il exige de l’abnégation et de l’indépendance…
Au Darfour, le génocide continue. Des milliers de personnes meurent. Il pense être l’un des seuls élus français à y avoir été en tant que témoin direct. C’est la misère à l’état pur. On vit avec trois bâtons de bois qui portent une bâche de plastique, sur du sable. L’objet de cette lutte étant simplement la terre. Et le pétrole. Intervient alors la Chine qui veut opposer son droit de véto à toute décision de l’ONU contre Khartoum. Ce qui est parfaitement inacceptable. C’est là que l’Europe doit trouver sa pleine mesure de force politique. Elle doit s’exprimer d’une seule voix, forte et assurée, pour dire non à la Chine et éventuellement prendre des sanctions comme un boycott des Jeux olympiques de Beijing l’année prochaine. Quant à l’interminable conflit israélo-palestinien, François Bayrou réaffirme le doit inaliénable d’Israël à la sécurité. Si l’on allait contre ce principe, on battrait en brèche les tout ce pour quoi on s’est battu durant la deuxième moitié du XXème siècle. Mais ce conflit n’est qu’un maillon d’une chaîne de volcans en éruption partout dans cette partie du monde. Les tensions internes à l’islam entre Sunnites et Chiites par exemple. Quand les Américains ont décider d’ouvrir la boîte de Pandore en Irak, ils ne réalisaient pas qu’elle serait si difficile à refermer.
En conclusion, François Bayrou réaffirme que la France doit rester une voix indépendante, libre et européenne. On doit instaurer un ordre multipolaire à égalité de droits et de devoirs pour chacun des pôles. Comme François Mitterrand, François Bayrou entend rendre à l’Europe sa voix avec la France comme avant-poste !
Radio J
2007
SAINT-DENIS DE LA REUNION (Reuters) - "Je n'ai pas envie de recevoir d'ordre du président de la République sur la manière d'honorer la nation, d'en parler à mes enfants, et quel jour je dois accrocher mon drapeau à la fenêtre", a déclaré samedi matin à la Réunion François
SAINT-DENIS DE LA REUNION (Reuters) - François Bayrou est arrivé vendredi à la Réunion pour une visite électorale de 48 heures qui le conduira également à Mayotte.
"La place de la France et la place de l'Europe est aux côtés des victimes de génocide du Darfour" a déclaré François Bayrou à la Mutualité. Le candidat à l’élection présidentielle était mardi soir au meeting organisé par le collectif Urgence Darfour. Il a signé le texte en huit points de l’engagement en faveur du Darfour : il s’engage notamment à peser de tout son poids auprès du Conseil de sécurité des nations unies pour assurer la protection effective des populations du Darfour. "Je me suis rendu au Darfour, il y a deux ans" a déclaré François Bayrou, "On en revient avec une certitude d'une absolue limpidité : il n'y a rien de plus facile que d'arrêter cette tragédie". Le candidat pense notamment à la mise en place de corridors humanitaires et d'une surveillance aérienne de cette région de l'ouest du Soudan. Concernant Pékin qui fait barrage à des sanctions ou à des résolutions contraignantes contre le Soudan, François Bayrou a estimé que "la France s'honorera de refuser de participer aux JO si la Chine persiste dans cette voie".
PARIS (Reuters) - En meeting au Zénith de Paris, François
"Compte trop sur ses dispositions naturelles" (Bulletins scolaires)
François Bayrou et Ségolène Royal, présents mardi soir lors de la soirée organisée par Urgence Darfour, se sont prononcés en faveur de pressions auprès de la Chine. Nicolas Sarkozy a indiqué dans un courrier qu'il mettrait en place des sanctions contre le Soudan.
François Bayrou admet l'existence de "ressemblances" entre la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1995 et la sienne en 2007, dans une interview dans "Le Parisien/Aujourd'hui en France".
François Bayrou était l'invité du Journal de la Culture en fin de semaine dernière sur Arte. Il évoque dans cet entretien le commerce intime qu'il entretient avec les livres. La rencontre d'avec Marc Dugain, un romancier qui puise la trame de ses oeuvres dans l'Histoire. Que François Bayrou considère comme essentielle pour comprendre le monde dans lequel nous évoluons. Et que nous léguerons à nos enfants à qui il souhaite que l'éducation artistique soit enseignée dans de bonnes conditions. Il évoque aussi le sort des intermittents du spectacle et du spectacle vivant qu'il veut aider et promouvoir.
François Bayrou est le soldat-laboureur de cette présidentielle. Sa militance vient de son doux Béarn d’où il a annoncé sa candidature. Son tracteur est devenu son emblème - qu’on s’arrache, paraît-il comme objet promotionnel dans ses meetings. Il incarne donc la Terre. Cet élément est spécialement projectif dans un pays de tradition paysanne comme le nôtre, n’en finissant plus de recycler la vertu de l’homo faber (José Bové), et redevenu rural si l’on en croit l’INSEE qui nous dit que les campagnes françaises sont aussi peuplées que dans les années 60. Mais la terre est d’abord un formidable stimulateur d’imagination, comme l’a montré le philosophe Gaston Bachelard. Il y voyait deux types de rêveries : celles qui sont liées à la volonté et celles qui sont liées au repos. Repos et volonté, merveilleuse alliance réussie par celui qui réunit droite et gauche.
Nicolas Sarkozy, en bon avocat, sait que notre société reste audiocentrée, sensible à la voix et à la dimension orale de la politique. Il scande ses discours, tel un slammeur dont il est un double inversé ; il étend son pouvoir de parole en jouant beaucoup sur les assonances. Identité nationale devait charmer les électeurs du Front... national. "Ne serait-il pas possible de parler de nation et d’identité ?" s’est défendu le ministre, connaissant bien l’attente actuelle de langage “ vrai ”.
L'ascension de François Bayrou dans les sondages ne dérange pas seulement ses adversaires politiques, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Elle met également les chefs d'entreprise dans l'embarras. Sans le dire, les milieux économiques penchaient assez naturellement vers le candidat de l'UMP depuis au moins trois ans. Les adhérents de la CGPME lui avaient réservé un accueil triomphal, fin janvier, à Paris. Ces derniers mois, la présidente du Medef elle-même reconnaissait, au détour d'une interview ou d'un discours, être « en phase » avec les diagnostics et les propositions du ministre d'Etat, l'un et l'autre opérant, le cas échéant, des mouvements convergents. Ce fut le cas sur les 35 heures, avec la promesse de Nicolas Sarkozy de supprimer les cotisations sociales et les impôts sur les heures supplémentaires, une mesure d'abord qualifiée de « rustine » puis d'« idée intéressante » par la patronne des patrons. Ce fut le cas, dans l'autre sens, sur la flexibilité du marché du travail, lorsque le candidat UMP se rallia au « divorce par consentement mutuel » entre l'employeur et le salarié, un concept inventé par Laurence Parisot pendant la crise du CPE. Ce fut le cas encore sur l'ISF, qui serait rendu convertible en investissement dans les PME. Si les entrepreneurs avaient les yeux de Chimène pour le locataire de la place Beauvau, c'était aussi parce qu'il était considéré, notamment pour avoir été par deux fois ministre à Bercy, comme le plus à même de comprendre l'économie de marché et les entreprises, comme le plus favorable à la baisse des impôts et comme le plus crédible pour parler compétitivité et défendre la valeur travail.
François Bayrou s'est déclaré favorable à l'organisation d'un débat télévisé avant le premier tour de l'élection présidentielle, une idée que Nicolas Sarkozy a jugé pour sa part difficile à mettre en place.
